COMPRENDRE

Discours lu à Plérin le jeudi 14 janvier 2016

« Mesdames, messieurs,

Éleveurs, fournisseurs, artisans, élus

Merci à tous d’avoir répondus présents à ce rassemblement.

Suite à la situation catastrophique de la production porcine et devant le manque de visibilité et le désespoir grandissant des éleveurs, un groupe d’éleveurs de porcs à décider de prendre en main son destin.

De là un mouvement est né (SEF) sauvons l’élevage français.

Le groupe qui a démarré, il y a moins d’un mois à 6, une semaine plus tard à 50 puis la semaine suivante 200 et aujourd’hui plus d’un millier.

La volonté est de pouvoir vivre de notre métier avec un prix rémunérateur.

Aujourd’hui le court est à 1,07 € le kilo, il manque 30 euros par porcs, un élevage moyen de 200 truies perd 12000 € par mois.

Quel corps de métier à part l’agriculture est capable de supporter cette situation.

Le cochon commence à gagner de l’argent quand il met un pied dans le camion.

Aujourd’hui nous produisons un porc de qualité, tracé avec des garanties sanitaires irréprochables.

Depuis 20 ans, nous nous sommes concentrés sur la technique avec des gains de productivités qui nous ont échappé.

Il est venu le temps de nous réapproprier la valeur ajoutée de notre travail.

Partant du constat que nous produisons 21 millions de porcs et que nous consommons 20 millions, il est anormal de ne pas pouvoir valoriser cette production sur le marché intérieur.

Pourquoi ne pas copier le modèle canadien, si clair, si transparent et si efficace.

Ce pays qui après une crise très forte a su mettre sur pied une organisation de la filière exemplaire ou chaque acteur, état, production, transformation et distribution ont trouvé un consensus.

Arrêtons de nous focaliser sur le marché export, concentrons nos efforts sur le marché français qui est le seul capable de nous redonner du prix.

Ne laissons pas la politique de dégagement de nos concurrents européens dicter notre cotation.

Le 1er acte d’action, c’est de rencontrer les grands acteurs de la distribution, pour qu’ils mettent en avant la viande française, en obligeant leurs fournisseurs, transformateurs, salaisonniers à s’approvisionner en porcs français chez les abatteurs ce qui aura pour conséquences un retour à la fluidité dans nos élevages.

En effets certains abatteurs transformateurs préfèrent tuer au ralenti et transformer des viandes espagnoles à meilleurs prix.

Des dizaines de camions espagnols rentrent en France chez les salaisonniers pendant que nos éleveurs peinent à faire partir leurs animaux provocant des alourdissements des carcasses avec des pertes de plus-values.

Nous ne pouvons tolérer plus longtemps ces agissements.

Nous avons répertorié ces salaisonniers sur tout le grand ouest et nous allons intensifier des contrôles.

Gare aux entreprises qui ne mettront pas en avant le patriotisme français.

Rappelez-vous, un bel exemple, le saucisson « Cochonou» prie pour cible lors du Tour de France.

Nous demandons aussi à la grande distribution d’améliorer le linéaire pour que la viande française soit plus facilement identifiable pour la ménagère.

Sachant que le français consomme en moyenne 35 kg par an, une augmentation de 40 cts le kg à la production ne représente que l’équivalent de 2 paquets de cigarettes par an.

Ce qui permettrait aux éleveurs d’aller mieux avec une relance de l’activité économique.

Quand l’agriculture va tout va.

Investissement en bâtiments, en matériels, avec les carnets de commandes qui se remplissent chez les fournisseurs, les artisans, les commerçants.

Avez-vous conscience de ce que génère en termes d’emplois l’agriculture bretonne, quand un éleveur disparaît c’est 20 emplois qui disparaissent.

Le 2eme acte d’action, est de rencontrer Mr. Stéphane le Foll, qu’il redevienne à part entière notre ministre de l’agriculture pour le convaincre de signer le décret rendant obligatoire sur les étiquettes l’origine de la viande dans les produits transformés.

Je vous rappelle qu’on nous impose à nous éleveurs français une traçabilité sans faille avec contrôle d’organisme certifié.

Ce n’est pas normal que le consommateur ne sache pas qu’il mange porc français ou espagnol. Nous demandons également aux collectivités locales de remettre régulièrement dans les cantines et restaurations collective le porc Français et ce au nom de la laïcité Française.

Enfin nous exigeons du gouvernement, la mise en place de la TVA forfaitaire telle qu’elle est appliquée dans l’agriculture allemande.

On profite de l’occasion pour demander à M. Olivier ALLAIN responsable de la partie agriculture et agroalimentaire au conseil régional et à nos députés du grand ouest à s’engager à nos côtés.

Si nos revendications ne sont pas entendues, des actions fortes et ciblées seront mises en place dans les semaines à venir.

Le 3eme acte d’action nous concerne. Forcé de constaté l’inefficacité de l’organisation de la production actuel. On est arrivé au bout d’un système, il est temps de repenser à une nouvelle organisation. Pour votre info je voudrais revenir 13 ans en arrière en 2003 avec les propositions du rapport Porry qui disait :

« Une organisation économique insuffisante. Alors qu’au Danemark 90 pour cent de la production est commercialisée par une seule organisation on en compte 90 en France et une vingtaine en Bretagne. C’est trop. Cela entraîne des coûts de structure redondants, des coûts techniques supplémentaires et un manque de puissance de négociations par rapport à la grande distribution. On a le sentiment que les organisations occupent une part importante de leur énergie à se battre entre elles et n’ont pas le temps de dégager des moyens stratégiques pour l’organisation de la filière. Tant qu’on sera dans cette situation il sera impossible d’organiser une programmation de l’offre. Cela est d’autant plus regrettable que l’on voit, par référence aux modèles étrangers que la structuration de la filière par les producteurs est la seule véritable alternative au développement de schémas industriels intégrés. »

Puis encore en 2003, la formation du groupe de jeunes de Bédée qui revendiquait lui aussi :

«  Nous ne remettons pas en cause nos structures ni nos présidents. Au contraire nous les respectons et nous les avons mis en avant en leur demandant leur point de vue à Bédée. Cependant il va falloir que toutes les querelles cessent entre les CRP, les groupements, les syndicats et autres organisations. Dans cette crise leur inertie leur a fait perdre beaucoup de crédits et à décourager les éleveurs qui finissent par ne plus croire en rien. Nos anciens sont parfois assez impliqués, ce qui peut enlever du pouvoir ou du crédit dans une démarche qui doit avant tout fédérer. La force de notre mouvement vient de ce que nous sommes inconnus et sans étiquettes. Nous parlons en tant que producteurs et nous pouvons dire des vérités qui dérangent. »

Vous ne pensez pas que depuis 13 ans vous n’avez rien fait ? Aucune réforme, aucune avancée, statuquo. Servons nous de ces 2 exemples pour embrayer le pas et imposer à nos structures une nouvelle organisation qui nous permettra d’être compétitifs. Nous proposons de mutualiser l’offre en créant une ou deux organisations de producteurs pour peser sur le marché.

Suite au courrier du 4 Janvier de convocation pour ce rassemblement à tous nos représentants professionnels vous nous avez répondu qu’au nom de tous les éleveurs avons le devoir de rassembler et de construire. Vous nous avez proposés à nous porte-parole du mouvement SEF de nous rencontrer. Nous avons répondu favorablement à votre invitation et nous nous retrouverons cette après-midi à 15h pour mettre en place très rapidement un plan de réorganisation de la production et un plan d’actions très clair pour retrouver au plus vite des meilleurs cours et rattraper le retard d’enlèvement dans les porcheries.

Au nom de la SEF nous nous engageons à faire aboutir très rapidement ces plans d’actions et à vous informer de l’évolution du dossier.

Maintenant j’appelle à la tribune le président de l’union des producteurs de porcs Mr Michel Bloc’h, le président d’INAPORC, M. Guillaume ROUE et le président du comité régional porcin, M. Philippe BIZIEN à venir s’exprimer.

La situation est accablante, le constat sans ambiguïtés, vous êtes nos représentants et la base ne se reconnaît plus en vous. Doit-on continuer à cotiser à l’UGPVB, le CRP, et INAPORC.

Qu’avez-vous à nous proposer pour sortir de cette crise le plus rapidement possible et sous quel délai ?

Dans vos réponses soyez court et précis.

(Réponses des représentants)

Nous attendons un rendez-vous sous 8 jours avec les représentants de la grande distribution et avec le ministre de l’agriculture, sans réponses de leur part nous serons nous faire entendre. Le mouvement que nous avons créés SEF suscite l’attention des autres productions et pourrait rapidement s’étendre. Face à l’urgence de la situation, prenons conscience que c’est seulement tous ensemble, unis, que nous réussirons à mener à bien ce projet. SAUVEZ L’ELEVAGE FRANÇAIS ou pour certains, Sauvez l’Economie Française.

Comme vous avez pu le constater dans les journaux, nous avons voulu symboliser notre mouvement par les bonnets roses. Des bonnets roses fluo et fabriqués en France, clin d’œil aux bonnets rouges du soulèvement breton de l’automne 2013 qui avait aboutie à la suppression de l’Ecotaxe. Nous vous invitons, les gens qui s’identifient au mouvement SEF à récupérer à la sortie de cette salle ce fameux bonnet que vous mettrez à chaque action de la SEF.

Il faut que tout le monde reste mobilisé et prêt à agir rapidement lors des prochaines actions. Comme aujourd’hui, on compte sur vous en vous investissant personnellement pour que la mobilisation se fasse rapidement en utilisant les moyens communications (SMS, Mail, Téléphone entre vous). Soyez convaincu que ce combat on le gagnera tous ensemble.

Vive l’agriculture française, vive la SEF »