Les Bonnets roses au front de la crise, Le Télégramme, 18 février

Le Télégramme, 18 février

Agriculture – Bonnets roses au front de la crise

Non, les bonnets roses ne sont pas des bonnets rouges attendris. Pas plus qu’ils ne sont des syndiqués sous couverture. Leur objectif ? Travailler sur le « fond du problème » de la crise agricole, selon Olivier Étienne. En lançant ce mouvement avec d’autres éleveurs de porcs, le Loudéacien a en fait ouvert une nouvelle contestation… dans la contestation. 

L’exploitation d’Olivier Étienne se trouve à la sortie de Loudéac, quand on prend la direction de Saint-Caradec. De la voie rapide, les deux silos géants qui scintillent au soleil font comme des antennes au corps de ferme de sa longère. L’éleveur de porc est un grand bonhomme à la voix forte, qui n’attend pas avant d’entrer dans le vif du sujet : l’irruption sur le terrain de la contestation agricole des bonnets roses. Il en est le porte-parole. Et aussi le fondateur, d’une certaine manière. « On est parti avec cinq autres éleveurs de porc, en fin d’année dernière. On n’avait pas envie de se laisser mourir, mais on ne se retrouvait plus dans les syndicats… On a décidé de faire une petite réunion, où on ramènerait chacun sept ou huit personnes. On s’est retrouvés à 50. Le lundi d’après on était 200… ». Qu’on se le dise, le bonnet rose n’est pas un bonnet rouge modéré. « C’est un clin d’oeil ». Mais pas plus. Le mouvement ne s’est pas lancé pour faire du nombre sur les barrages routiers. Leur objectif, c’est plutôt d’aller se frotter la couenne au « fond du problème ».

La fin des « Monsieur cochon »


Et le combat le plus dur est sans doute à mener sur leur propre terrain : l’organisation des producteurs. « Il y a dix groupements d’éleveurs dans les Côtes-d’Armor. Dont un seul, la Cooperl, a toute la filière d’abattage et de transformation. » Objectif : qu’il n’en reste plus que deux. « Pour peser. » Une stratégie de regroupement que « les Danois et les Allemands ont mis en pratique depuis longtemps ». À la clef : ramener tout le monde sur le marché du porc breton. Alors que seulement 8 % des cochons y transitent aujourd’hui. Pour engager concrètement cette réforme, les bonnets roses ont lancé un grand référendum (www.bonnetsroses.fr). Il doit permettre de contourner le blocage opéré par les présidents des groupements. « Nous voulons nous adresser aux éleveurs. C’est important qu’ils donnent leur avis.

 

Si on ne se regroupe pas maintenant, c’est l’économie qui le fera pour nous, en faisant disparaître les exploitants. » Les bonnets roses ont ouvert la porte d’une contestation dans la contestation : « la filière est à l’image de la politique, par exemple. Il y a un problème de renouvellement. Il faut que les  » monsieur cochon « , qui sont là depuis 30 ans, laissent leur siège. Place aux jeunes pour écrire une nouvelle histoire ». Les bonnets roses ciblent aussi les politiques, qu’ils veulent pousser à modifier l’étiquetage des produits et leur traçabilité « pour le consommateur ».


L’éleveur s’interroge. « On n’utilise plus de farines de viandes et de facteurs de croissance ? Les rayons des supermarchés sont pleins de produits à base de porc espagnol, souvent nourris aux hormones de croissance. » Après un raid chez Carrefour, à Langueux, la semaine dernière, les bonnets roses ont saisi la « direction des fraudes », pour les étiquettes « Porc français » collées, pour masquer les mentions « Origine européenne », sur les paquets de jambon de grandes marques.

La leçon des Allemands


« Dans les rayons, ça devrait être pareil que chez les disquaires : variété française, variété internationale… ». Et qu’on arrête de « tromper les gens » avec les mentions « élaboré en France… ». Pour les grandes surfaces, l’avenir est « aux filières courtes ». « Il faut que les GMS aient leur propre outil d’abattage et de transformation, argumente l’éleveur, pour éviter un trop grand nombre d’intermédiaires entre le producteur et le distributeur ». Le bon exemple ? « C’est LIDL ». « Il faut encore que ce soient les Allemands qui viennent nous donner des leçons. » « En mars 2016, leur filiale Toonies investit en Ille-et-Vilaine, avec 150 éleveurs de l’Ouest, pour fournir les magasins en viande française. » Pour arriver à convaincre les autres, les bonnets roses multiplient les rendez-vous. Avec les directeurs nationaux des grandes enseignes. « Intermarché s’y met aussi. Alors pourquoi pas les autres ? »